Si le Toubkal est la montagne que tout le monde gravit, le M'Goun est celle pour laquelle on revient. À 4 068 mètres, il n'a qu'une centaine de mètres de moins que le Toubkal, et une semaine normale de juin y voit une fraction du trafic. La raison est purement logistique : c'est plus loin de Marrakech, cela ne se fait pas en un week-end, et cela ne figure pas sur le circuit touristique standard.
C'est tout l'argument pour y aller.
Départ de la vallée heureuse
La traversée commence dans Aït Bougmez, dans le Haut Atlas central — une vallée large, plate et irriguée que l'on appelle la vallée heureuse et, fait rare pour un surnom destiné aux visiteurs, la description est juste. Les villages aux toits plats se tiennent en bordure des champs et non dedans, parce que la terre plate est trop précieuse pour qu'on y bâtisse. Cette seule décision d'urbanisme vous dit l'essentiel de l'agriculture de montagne ici.
Y parvenir depuis Marrakech prend une bonne partie de la journée. C'est le prix d'entrée.
Six jours, du nord au sud
La version classique dure six jours et traverse le massif du nord au sud, ce qui fait que le paysage change réellement sous vos pieds au lieu de se répéter.
Le premier jour est court — trois heures environ jusqu'à un premier camp vers 2 200 à 2 300 m, surtout pour charger les mulets et mettre tout le monde en marche.
Le deuxième jour monte vers le col de Tizi n'Tarkeddit, à environ 3 450 m, et c'est là que le M'Goun apparaît enfin comme un objectif réel et non comme un nom.
Le troisième jour est celui du sommet : environ huit heures, et du haut on voit le Haut Atlas central déployé, la vallée du Dadès, et par temps clair la brume où commence le Sahara.
Du quatrième au sixième jour, on descend vers le sud par les gorges, et c'est la partie dont on se souvient. Le versant d'Aït Bougmez est agricole et vert ; le versant sud est roche, eau et ombre. Par endroits le sentier est le lit de la rivière, et l'on marche dedans.
Des mulets, pas des porteurs
Le trek fonctionne avec des mulets, et les muletiers viennent généralement de la vallée de départ. Cela compte concrètement — les mulets dictent l'itinéraire, car ils ne passent pas partout où vous passez — et cela compte éthiquement : l'argent reste sur place au lieu de repartir avec une agence de la ville.
On dort sous tente, la plupart des nuits près d'un village ou d'un campement d'estive. Il n'y a aucun refuge sur cet itinéraire.
L'eau et les chaussures
Deux détails pratiques que l'on rate souvent.
L'eau. Les gorges du sud sont mouillées. Selon la saison et l'année, vous traverserez la rivière à répétition, parfois jusqu'aux genoux. Des chaussures de trail qui drainent valent mieux que de lourdes chaussures qui retiennent un litre chacune. Prévoyez des sandales pour le camp.
La saison. De mai à octobre. Plus tôt, les cols gardent la neige ; plus tard, les nuits à 3 000 m cessent d'être agréables. Juin et septembre sont les meilleurs moments — septembre surtout, quand la rivière est basse et la lumière meilleure.
À qui cela convient
À qui peut marcher six ou sept heures par jour, plusieurs jours d'affilée, en altitude, en dormant sous tente. Ce n'est pas technique. Ce n'est pas dangereux. C'est simplement long, et la longueur est une difficulté en soi.
Si vos sorties se sont limitées à des journées, faites d'abord le Toubkal — non parce que le M'Goun est plus dur sous le pied, mais parce que six jours consécutifs vous apprennent sur vos pieds des choses qu'une seule journée n'enseigne pas.



